Psychologie · novembre 8, 2021

Psychologie des foules

Auteur: Gustave Le Bon
Année de publication: 1895
Nombre de pages: 130
Note: 4,5/5

Mes impressions sur le livre

Ce livre est d’une analyse critique impressionnante. On comprend mieux notre propre comportement inconscient au sein d’un groupe ce qui peut s’avérer terrifiant. C’est important de garder en tête les concepts de ce livre pour ne pas se faire berner par les mouvements politiques actuels qui nous font de belles fausses promesses.

Introduction : l’ère des foules

À son époque, l’auteur vivait dans ce qu’il appelle une «période de transition» où les idées «anciennes» d’avant la Révolution commençaient à être remplacées par des idées nouvelles engendrées par les découvertes modernes scientifiques remettant beaucoup de choses en question.

Ce qui a l’air de ne pas changer, c’est la force des foules. D’autant plus qu’une fois la royauté mise à mort et l’avènement des intérêts individuels mis en avant ne font qu’aggraver cette tendance. Aujourd’hui les foules semblent dicter leur volonté aux princes et aux rois qui se doivent de plier: c’est l’avènement des classes populaires à la vie politique.

Le droit divin des foules remplace le droit divin des rois.

La bourgeoisie, se sentant menacée dans sa position par les foules, tente de re-moraliser les esprits grâce aux idées de l’Église qu’elle a tant dédaigné par le passé. Sauf que les foules s’en fichent puisque leurs maîtres d’autrefois s’en fichaient… La science est aujourd’hui la nouvelle autorité qui a réponse à tout.

La foule est une force d’action et non de réflexion qui ne créé pas d’équilibre et de stabilité sur le long terme quand elle est livrée à elle-même. L’artistocratie intellectuelle malgré tous ses défauts assurait un haut degré de culture et d’intellect pouvant amener un ordre dans la nation.

Les maîtres des institutions religieuses et politiques ont un talent inné pour contrôler l’âme des foules (papes, Napoleon, etc.)
Ces foules n’ont pas d’esprit subtil ni de prévoyance et sont donc facilement manipulables par voie indirecte: si on impose une taxe lourde sur les produits du quotidiens, la foule ne réagira pas autant que si on imposait une taxe annuelle proportionnelle au revenu de chacun redevable en Juillet.

Les concepts importants

Chapitre 1 – Caractéristiques générales des foules et loi psychologique de leur unité mentale

1.1 – La cause de toutes les révolutions historiques

Tout effet aussi grand soit-il a une cause. Les modifications révolutionnaires visibles à certaines époques ne sont pas des causes mais des effets d’un bouleversement profond: le changement d’une conception, d’une opinion ou d’une croyance d’un peuple. C’est notre vision du monde qui nous pousse à vivre ou à agir d’une certaine manière.

1.2 – La loi psychologique de l’unité mentale

Une foule peut grace à des éléments déclencheurs particuliers peut devenir ce que l’auteur appelle une foule psychologique, c’est à dire une foule où la pensée de chaque individu se substitue à la loi psychologique de l’unité mentale. En d’autres termes, une poignée d’homme influents est capable de déclencher une émeute dont chaque membre – aussi différents soient-ils – peut soudainement abandonner ses idéaux pour embrasser ceux du groupe nouvellement formé. C’est un peu comme une force irrésistible.

On constate aisément combien l’individu en foule diffère de l’individu isolé ; mais d’une pareille difference les causes sont moins faciles à découvrir.

Dans une foule, l’hétérogène se noie dans l’homogene où l’inconscient domine. C’est pourquoi une foule «accumule non l’intelligence mais la médiocrité».

La suggestion, étant la même pour tous les individus, s’exagere en devenant réciproque.

1.3 – Les causes de la formation d’une unité mentale des foules

Lors d’un reaction chimique: deux réactifs aux mêmes propriétés vont souvent créer un corps nouveau avec des propriétés nouvelles. Il en de même d’un individu mêlé à la foule. Quelles sont les 3 causes de la formation d’un nouveau caractère ?

  1. Le sentiment de puissance invincible: on n’a plus de responsabilisation et de regard de l’autre pour réfréner nos pulsions.
  2. La contagion mentale: un être sacrifie son intérêt pour l’intérêt collectif. Un mystère contraire à sa nature.
  3. La suggestibilité: phénomène hypnotique où le cerveau conscient est paralysé et où on devient esclave du seul inconscient qu’un agitateur intelligent manipule à son gré.

Chapitre 2 – Sentiments et moralités des foules

2.1 – Impulsivité, mobilité et irritabilité des foules

Physiologiquement, la foule est dirigée par la moelle épinière – centre qui réagit instantanément à chaque impulsion/stimuli de l’environnement – et non par le cerveau qui est le centre de la raison et de la réflexion.

En fonction du stimulant, la foule peut passer d’un extrême à l’autre, par une grande palette de sentiments opposés: de générosité à férocité sanguinaire, d’affable à irritable, etc.
Un stimulant comme son nom l’indique va donner à la foule l’énergie nécessaire à une longue marche effrénée en fonction de sa mission ou de son désir. Pour assouvir son désir, elle est souvent prête à tout!

Un individu isolé n’aurait pas le courage d’accomplir des actes de vandalisme, de pillage, de violence ou même d’altruisme extraordinaire car sa raison le rappelle à l’ordre. Or la force du nombre rend l’individu courageux. Dans son esprit, il se sent invincible car faisant partie d’une masse puissante et indestructible.

2.2 – Suggestibilité et crédulité des foules

Une foule met le bouclier de la raison de côté. Ainsi, toutes sortes d’influences et de suggestions peuvent s’introduire dans l’âme de la foule qui fait un avec tous les inconscients qui la compose. Une suggestion sans raison devient une réalité pour toute la foule: elle devient excessivement crédule.

Du moment qu’ils sont en foule, l’ignorant et le savant deviennent incapables d’observation.

L’auteur donne l’exemple suivant: Une mère ayant perdu son enfant et croyant le reconnaître dans celui d’un cadavre trouvé au bord d’une rivière. Tout le monde finit par y croire jusqu’à ce que les faits soient désapprouvés.

Le schéma est souvent identique: un observateur a une vision floue qu’il affirme avec zèle à qui veut l’entendre. Le premier entendeur s’il est mis en doute et accepte va contaminer d’autres spectateurs qui baisseront la garde de la raison pour gober le fait. Effet domino.

Les foules ne sachant relater ce qui est juste mais uniquement ce qu’ils croient percevoir, il s’en suit d’après l’auteur que nous avons rarement dans nos écrits la véritable déclaration de ce qui s’est réellement passé: les livres d’histoire ou les écrits religieux sont en fait des livres de mythes: des perversions amplifiées d’un simple fait.

2.3 – Exagération et simplisme des sentiments des foules

Les foules ne sont plus capables de discerner les nuances d’un discours intelligent et doivent être assommées de concepts simplistes, répétitifs, violents et éclatants pour nourrir leur flamme. Elles sont capables ainsi des pires excès puisque la mesure n’existe plus en elles. Tout cela est très primitif.

Phénomène intéressant: une mauvaise pièce de théâtre dévalorisée à juste titre par les critiques ou les directeurs sera souvent appréciée par un public nombreux/une foule. Cette aberration de jugement commune aux foules peut leur faire accepter les pires navets.

2.4 – Intolérance, autoritarisme et conservatisme des foules

Le type de héros cher aux foules aura toujours la structure d’un César.

L’auteur soutient que les foules sont d’une extrême intolérance face à l’ennemi de celui ou ceux qui le/les a/ont conditionné(s) tant que celui-ci a du panache, de l’autorité et une main de fer. Au moindre signe de faiblesse, la foule n’hésite pas à s’en débarrasser pour s’orienter vers le prochain élément perturbateur. Leur instinct primitif leur fait adorer l’ardeur du despote ou l’autorité du puissant.

D’après l’auteur, les foules cependant ont un attrait pour les changements superficiels et une aversion pour ceux qui apportent une réelle valeur ajoutée à leur existence. Au fond, ils restent ainsi instinctivement attachés à leurs idées héréditaires séculaires et à leurs traditions qui ne les encouragent pas à la remise en question ou au raisonnement.

2.5 – La moralité des foules

On pense communément qu’une foule est portée vers la brutalité et le mal mais ce n’est pas ce que démontre l’histoire. Une foule est tout autant capable d’actes nobles et héroïques que d’actes barbares. L’intérêt personnel est secondaire chez les foules. C’est l’environnement qui conditionne notre comportement même si individuellement nous serions très différents.


Par exemple, il est possible de trouver des propos trop vulgaires lors d’une pièce de théâtre ou d’être prude mais chez soi d’en rire à gorge déployé.

Chapitre 3 – Idées, raisonnements et immagination des foules

3.1 – Les idées des foules

Par le seul fait qu’une idée parvient aux foules et peut les émouvoir, elle est dépouillée de presque tout ce qui faisait son élévation et sa grandeur.

Les idées doivent être simplifiées pour atteindre les foules qui entrent dans un état primitif. Cet état fait qu’on peut basculer rapidement d’une idée à l’autre voire d’une contradiction à l’autre sans grande difficulté. Les foules peuvent ainsi embrasser les idées les plus contradictoires.

Ce phénomène se retrouve aussi au niveau individuel chez les religieux ou sectaires faisant des études supérieures: les idées nouvelles entrent en conflit avec leurs traditions/doctrines ce qui fait qu’ils se contrediront tôt ou tard à un moment donné en fonction du sujet abordé.

Pour qu’une idée pénètre, il faut qu’elle fasse un avec l’âme de la foule en devenant un sentiment. Cela peut prendre du temps avant d’entrer dans l’inconscient collectif mais une fois prise de ce sentiment, la foule est capable de tout. Ainsi, les foules sont en retard de plusieurs générations sur les philosophes et les gouvernants doivent encore gouverner sous des vieux principes en attendant que l’implantation des nouveaux se fasse. Pour que la Révolution ait lieu, il a fallu un changement d’idées sur plusieurs décennies.

3.2 – Les raisonnements des foules

Ils sont souvent simplistes et d’une grande faiblesse intellectuelle. C’est pour cela qu’un discours visant à mener les foules lu à posteriori peu sembler médiocre aux gens ayant un minimum d’esprit critique.
Ils sont fréquemment basés sur deux mécanismes : l’association de choses dissemblables et la généralisation immédiate de cas particuliers

Les jugements qu’elles acceptent ne sont que des jugements imposés et non des jugements discutés.

La foule n’a pas d’esprit critique capable de discerner le vrai du faux. Elle se laisse imposer un jugement sans y réfléchir.

3.3 – L’imagination des foules

Quand la raison disparaît il y a une grande facilité à croire que ce qui est irréel est en fait réel. Les foules n’arrivent plus à en faire la distinction. C’est sur cela que jouent les gouvernants et les propagandistes. Les foules réagissent comme quelqu’un pris dans un rêve intense et croyant juste après son réveil que ce qu’il a ressenti était vrai.

Normalement, la raison vient par la suite et anéantit ce sentiment or chez les foules, ce ressenti persiste et il est nécessaire de le faire persister pour les manipuler.

Il suffit d’un événement saisissant et dégagé d’interprétations particulières ou d’analyses pour captiver l’imagination des foules même si d’autres événements tous aussi importants parallèles existent.

C’est ainsi que la foule sera plus choquée par la photo d’une petite immigrée morte noyée à son arrivée sur une plage Méditerranéenne que de savoir que des centaines d’enfants meurent chaque jour dans des camps de travaux forcés en Chine.
Tout est question de présentation des faits.

Chapitre 4 – Formes religieuses que revêtent toutes les convictions des foules

Tous les bouleversements historiques s’expliquent par ce qui a possédé l’âme des foules: un sentiment religieux profond. Il peut se porter sur autre chose qu’un Dieu invisible. Cela peut être un despote, un parti politique, ou par exemple la théorie de l’évolution ou même le socialisme. Ah bon ? Même chez les athées ? Et bien oui ! Il suffit de voir avec quelle férocité quasi ecclésiastique un évolutionniste vous répondra si vous osez remettre en question la théorie des origines de l’univers. De même pour les créationnistes !

Quels sont les dénominateurs communs:

  1. Adoration d’un être supposé supérieur
  2. Crainte de la puissance qu’on lui attribue
  3. Soumission aveugle à ses commandements
  4. Impossibilité de discuter ses dogmes
  5. Désir de les répandre
  6. Considérer comme ennemis ceux qui refusent de les admettre: intolérance farouche.

Chapitre 5 – Facteurs lointains des croyances et des opinions des foules

Les facteurs lointains qui sont des longues préparations à des changement de valeurs: critiques des écrivains ou exactions de l’Ancien Régime par exemple.

5.1 – La tradition détermine l’opinion des foules

La tradition ou l’âme d’une nation, c’est cela qui anime les peuples et qui prend souvent des siècles à être dépassé pour amener toute forme de progrès (bon ou mauvais). La Chine a du mal à s’adapter à tout changement à cause d’un amour trop profond pour ses traditions.

Un peuple est un organisme créé par le passé.

5.2 – Le temps influence l’opinion des foules

Le temps construit ensuite efface tout et reconstruit tout en un cycle permanent. Les opinions et croyances des foules aussi puissantes soit-elles n’y échappent pas.

5.3 – Les institutions politiques influencent l’opinion des foules

Elles influences l’âme des foules d’une certaine manière mais ne sont pas aussi déterminantes que la race et la tradition. Si elle ne se modèle pas sur le caractère des gens ou du peuple, elle n’auront aucun effet à long terme.

Une institution politique n’a aucune vertu en soi. C’est pour ça que les institutions démocratiques fleurissent dans les pays anglo-saxons alors que les républiques hispanico-américaines «végètent dans la plus lamentable anarchie».

5.4 – L’instruction et l’éducation influencent l’opinion d’un peuple

S’attaquer à l’instruction/éducation aujourd’hui est presque aussi grave que de s’attaquer aux dogmes de l’Église à l’époque.

La criminalité progresse principalement chez les jeunes gens pour lesquels l’école gratuite a remplacé le patronat.

Beaucoup de mouvements extrémistes recrutent principalement des gens lettrés ou éduqués qui ont préalablement été formatés par l’éducation nationale…
L’éducation produit l’effet inverse de sa mission: elle ne prépare personne pour la vie, elle détruit l’initiative et a pour effet créer du mécontentement à toutes les échelles sociales.

L’acquisition de connaissances inutilisables est un moyen sûr de transformer l’homme en révolté.

C’est de la chose en elle-même que vient l’éducation et non du livre.
En étudiant l’éducation des jeunes d’un pays, on est capable de prévoir si l’avenir s’annonce sombre ou plein d’espoir.

Chapitre 6 – Facteurs immédiats des opinions des foules

Les facteurs immédiats qui de pair avec les facteurs lointains vont être les événements déclencheurs des mouvements des foules: discours des orateurs, résistance de la part du gouvernement à une réforme du peuple, etc.

6.1 – Les images, les mots et les formules conditionnent la foule

La foule est très souvent captivée par une image même si le concept qu’elle évoque est flou. Il faudrait de longues explications pour parvenir à défaire une idée évoquée par une image et c’est souvent peine perdue…

Les mots ont une force exceptionnelle dans l’esprit collectif. Il faut savoir les manier avec ruse pour savoir comme diriger un peuple. En effet, une langue garde le même vocabulaire à travers les siècles sauf que les mots changent souvent de sens. Ce qu’il faut faire c’est de redéfinir ces mots autrement ou à l’aide d’autres combinaisons de mots pour transformer une idée qui lui est automatiquement associée.
Par exemple, Gabelle devient impôt du sel; les aides deviennent contributions indirectes et droit réunis, etc.

Les Jacobins ont instauré un despotisme atroce au nom de la « liberté » et de la « fraternité »…

6.2 – Les illusions chez la foule

Les peuples n’ont jamais recherché la vérité mais à faire en sorte que ses illusions perdurent. Si un philosophe détruit une illusion, on se dirige vers lui pour qu’il en créé une autre afin que notre inconscient soit charmé de nouveau. C’est ainsi qu’en détruisant les illusions attachées au religieux et à la royauté protectrice, il a fallu créer une illusion de cohésion quasi mystique avec les idéaux socialistes progressistes.

Qui sait les illusionner devient aisément leur maître; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime.

6.3 – La raison chez la foule

Ce n’est pas elle qui est un moteur de l’histoire malheureusement. Elle appartient aux philosophes. Ce sont les sentiments primaires exaltés à l’extrême qui ont permis d’accomplir les plus grandes choses dans l’histoire.

Ce n’est pas grâce à la raison, et c’est souvent malgré elle, que se sont créés des sentiments tels que l’honneur, l’abnegation, la foi religieuse, l’amour de la gloire et de la patrie, qui ont été jusqu’ici les grands ressorts de toutes les civilisations.

Chapitre 7 – Les meneurs de foules et leurs moyens de persuasion

7.1 – Les meneurs de foules

Ils s’imposent naturellement au sein d’un groupe et font régner un ordre despotique. Leur volonté est puissante et captive les éléments de la foule qui ont perdu leur propre volonté et sont à la recherche d’une nouvelle.


Ils sont des hommes d’action et non de pensée, capables des plus grands exploits au nom de leur idée. Les oppositions ou résistances les plus farouches alimente leur force, si bien qu’ils sont prêts à mourir en martyr.
Ils sont capables de créer de la foi pour les foules et leur faire déplacer les montagnes.

7.2 – Catégories de meneurs des foules

On en distingue deux catégories bien tranchées:

  1. Meneurs à volonté forte mais momentanée: utiles pour les coups d’état par exemple en permettant à leurs recrues de la veille de réaliser des prouesses. Revenus à leur quotidien habituel, ils perdent leur force et sont étonnamment faibles.
  2. Meneurs à volonté durable: moins spectaculaires, ils ont une force intérieure inextinguible qui leur fait posséder leur monde: l’Apotre Paul, Mahomet, Christophe Colomb, etc.

7.3 – Affirmation, répétition et contagion pour mener une foule

Un mensonge répété dix fois reste un mensonge; répété dix milles fois, il devient la vérité.
Adolph Hitler

Il faut d’abord procéder à une affirmation concise et dépourvue de preuves et de démonstrations (comme les textes religieux ou annonces propagandistes) et la répéter suffisamment pour que par martelage elle s’enfonce jusque dans l’inconscient. Un automatisme sera créé.
Suite à cela se forme un courant de pensée qui est le phénomène de contagion. L’homme est naturellement imitatif mais il faut que le comportement, la personne ou l’idée à imiter ne soit pas trop complexe et ne s’éloigne pas trop des idées reçues.

Un instant de conversation avec un individu quelconque suffit pour connaître à fond ses lectures, ses occupations habituelles et le milieu où il vit.

7.4 – Le cycle de contagion des idées dans les couches sociales

Les idées ou opinions des foules parviennent par osmose à se propager dans les couches sociales supérieures. En effet, celles-ci forment des idées intelligentes qui finissent par s’oublier. Un meneur parvient à en dérober une ou plusieurs; il les déforme, les simplifie pour les faire avaler aux couches sociales inférieures par le méchanisme habituel.


C’est ainsi que certains œuvres belles rejetées par les couches inférieures finissent plusieurs décennies plus tard par être appréciées par elles.

7.5 – Le prestige personnel pour mener les foules

Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu’exerce sur notre esprit un individu, une oeuvre ou une doctrine.
Le propre du prestige est d’empêcher de voir les choses telles qu’elles sont et de paralyser nos jugements.

Il possède une forme d’indépendance propre. II exerce une puissance de fascination quasi-mystique sur les foules. C’est ainsi que Napoléon, par sa seule présence, imposa le silence à de nombreux généraux étrangers pourtant connus comme caractériels. Le plus grand facteur de la genèse du prestige est le succès.

L’insuccès ou une erreur de calcul détruit instantanément le prestige et parfois celui qui le possédait… C’est pour ça qu’il faut le maintenir à travers le temps et tenir les foules à distance afin de toujours se faire admirer.

Chapitre 8 – Limites de variabilités des croyances et des opinions des foules

8.1 – Les croyances fixes des foules

L’auteur fait l’analogie entre l’anatomie et la psychologie humaine: l’anatomie a des parties fixes et des parties changeantes avec les micro-évolutions. Il en est de même pour la psychologie humaine: des croyances fixes difficilement ébranlables et des opinions changeantes.

Les révolutions qui commencent sont en réalité des croyances qui finissent.

Les croyances n’ont pas besoin d’une base philosophique riche mais d’éléments simples et profonds pour rester ancrés pendant des siècles. Les arts créés et les institutions bâties portent toujours une empreinte de ces croyances (christianisme autrefois, socialisme et idées démocratiques aujourd’hui, etc.). Une fois ces croyances détruites après beaucoup d’effort, les institutions aussi le seront mais parfois plusieurs décennies plus tard.

Les croyances générales sont les supports nécessaires des civilisations.

Dès qu’un dogme nouveau est implanté dans l’âme des foules, il devient l’inspirateur de ses institutions, des ses arts et de sa conduite.

Même les plus grands esprits ne pouvaient se défaire des croyances fixes (Newton, Galilée, etc.). C’est pour cela que les plus grands despotes d’après l’auteur sont ceux qui dirigent encore de leur tombe et non de leur vivant (Jésus, Mahomet, Bouddha)

8.2 – Les opinions mobiles des foules

Les opinions mobiles sont éphémères et n’existent pour la plupart que la durée d’une génération. En quelques décennies (1790 à 1820), on voit des foules d’abord monarchiques puis révolutionnaires, puis impérialistes et encore monarchiques. Pour durer, il faut que les idées s’alignent sur les croyances fixes ou sur les caractères de la race.

Cela a pour conséquence aujourd’hui le fait que les gouvernements et la presse doivent s’orienter vers l’opinion de foules et jouer sur les sentiments, ce qui n’a jamais été son rôle autrefois. Les politiciens doivent chacun passer par une interview afin que le plus attirant soit sélectionné. Inédit…

Épier l’opinion est devenu la préoccupation essentielle des gouvernements et de la presse.

Un flot permanent d’opinions changeantes et sans possibilité d’analyse critique et pertinente ne produit pas d’idées intéressantes qui passionnent. La conséquence est une indifférence généralisée pour toute forme de croyance fondamentale ou fixe.

Chapitre 9 – Classification des foules

9.1 – Les foules hétérogènes

Elles sont faites d’individus de professions ou intelligences variées n’ayant aucune influence sur le groupe: c’est le sentiment inconscient qui les pousse à agir.

Les caractères des foules sont d’autant moins accentués que l’âme de la race est plus forte.

Même si vous rassemblez des socialistes de tous les pays européens lors d’un congrès, il y aura des discordes: les foules latines veulent une force centralisante symbolisée par l’État alors que les anglo-saxons veulent une initiative privée.

On distingue aussi plus généralement:

  • Les foules anonymes comme celles des rues n’ayant pas de sentiment de responsabilité ET
  • Les foules non anonymes comme les jurés de cours d’assises qui ont un sentiment de responsabilité les poussant à agir souvent différemment.

9.2 – Les foules homogènes

On peut les diviser en trois catégories distinctes:

1) Les sectes : individus de milieux souvent forts différents connectés par le seul lien de la croyance religieuse ou politique.
2) Les castes : individus de même profession, d’éducation et de milieux à peu près identiques (militaire, sacerdotale). C’est le plus haut degré d’organisation.
3) Les classes : individus d’origines diverses réunis par les mêmes intérêts, certaines habitudes de vie et souvent par la même éducation.

Chapitre 10 – Psychologie des foules dites criminelles

Le schéma est toujours le même: suggestion, crédulité, mouvement et exagération des sentiments. Une foule criminelle se sent investie d’un devoir souvent patriotique et réclame souvent – après un massacre atroce de durée indéterminée – le droit à une récompense.

Depuis la Révolution, il s’est souvent formé des groupuscules de boulangers, artisans, artistocrates ou autres stimulés par des gredins avides de violence au nom de certains idéaux. Sous l’emprise du subconscient, ces catégories se mélangent et participent aux pires attrocités sans se rendre compte de leurs actes.

Ils procèdent en formant de petits tribunaux dont l’équité est simpliste voire rudimentaire avant d’exécuter (en série ou non) des hommes sur des motifs absurdes/irrationnels.

Chapitre 11 – Psychologie des jurés de cours d’assises

Autrefois, l’administration choisissait soigneusement ses jurés (haut fonctionnaires, lettrés, etc.) mais aujourd’hui elle se compose principalement de petits commerçants, d’employés, de petits patrons, etc. Malgré cela, les statistiques prouvent qu’il n’y a pas de réelle différence de jugement lors d’une séance.

C’est toujours l’émotion qui joue un rôle important sur l’opinion. Un juré va être plus sévère envers un crime pouvant l’atteindre personnellement (homicide, enfanticide, viol) mais beaucoup moins par exemple envers les crimes passionnels.

Les jurés sont facilement impressionnés par le prestige d’un avocat qui doit être un bon orateur et adapter son discours en fonction de la réaction qu’il produit sur leur physionomie. L’avocat doit surtout s’efforcer par un discours rudimentaire mais éloquent de convaincre le ou les meneur(s) des jurés qui influenceront la décision finale.

D’un autre côté, malgré l’unité mentale des jurés, ils sont souvent plus à même de juger correctement que les magistrats ayant sélectionné les accusés. Ces derniers peuvent être bornés par leur zèle, leur focalisation sur les textes et exercer un mauvais jugement sur un innocent par dureté. Les jurés ne se perdent pas dans des raisonnements complexes mais possèdent une simplicité qui peut leur faire voir les subtilités et considérer plus justement les cas particuliers.

Les erreurs des jurés ont toujours d’abord été des erreurs de magistrats.

Chapitre 12 – Psychologie des foules électorales

Celles qui vont élire les titulaires de certaines fonctions. Pour ces derniers, il est très important d’avoir du prestige ou de la fortune quand on veut se faire élire. L’intellect et le talent sont secondaires.

Le discours du candidat doit :

  • Savoir flatter par des poncifs le coeur des électeurs en leur faisant les plus belles promesses ou professions de foi.
  • Savoir attaquer l’ennemi par affirmation, répétition et contagion, même si les accusations sont grotesques et/ou non vérifiables. Cela plaît au public toutes catégories confondues !

Les hommes en foule tendent vers l’égalisation mentale.

  • Utiliser des expressions floues et dépourvue de sens en jouant sur les associations de mots afin d’être adaptables aux situations les plus diverses.

Très peu d’élécteurs iront vérifier après coup s’il a tenu ses promesses ou dit la vérité.

Les foules ont des opinions imposées et non des opinions raisonnées.

Qui influence l’opinion des foules à divers degrés ? Les marchants de vins influents à faible degré et les directeurs de comités qui peuvent tout se permettre au sein de leur club.

Chapitre 13 – Psychologie des assemblées parlementaires

Les parlementaires par la loi psychologique de l’unité mentale tendent à exagérer les opinions de leur partie: à l’Assemblée, ils possèdent un caractère extrémiste ou fondamentaliste. C’est une foule suggestive composée de meneurs jouant sur leur prestige pour influencer le député.

Pour les questions d’intérêt local (protectionnisme par exemple), il y a une fixité absolue d’opinions: personne ne changera d’avis. C’est sur les questions générales (établissement d’un impôt, nouveau ministère, etc.) qu’il y a du désordre. En effet, la Chambre reçoit un flot d’opinions contraires et devient très hésitante lorsqu’il s’agit ensuite d’opérer des changements de loi ou d’en créer de nouvelles.

Les assemblées politiques sont le lieu de la terre où l’éclat de génie se fait le moins sentir.
M. Jules Simon

L’orateur doit verser dans l’exagération et l’utilisation de termes saisissants pour marquer/choquer les esprits. La foule se verra automatiquement forcée d’applaudir frénétiquement et tout élément protestant aura le sentiment d’être un traitre face au zèle des autres donc il se taira.
Il ne faut pas qu’il ait un discours intelligent car celui-ci pourrait redonner un semblant de raison et calmer les passions nécessaires à l’orateur pour gagner la foule.

L’effet de foule fait qu’une personne n’est plus elle-même et est capable de voter une loi contre ses intérêts personnels. Concernant la nuit de la Constituante – où la noblesse renonça d’emblée à ses privilèges protecteurs – lors de la Révolution, Billaud-Varrenes écrit:

Les décisions que l’on nous repproche tant, nous ne les voulions pas le plus souvent deux jours, un jours auparavant: la crise seule les suscitait.

Conclusion – le cycle de formation et d’effondrement d’une civilisation

Tout commence par les barbares: un mélange de peuples et donc de sangs. Ces unités dissemblables vont comme toute foule se laisser entraîner par un chef se formant naturellement. Progressivement il se forme une race par nécessité de stabilité: un agrégat possédant des caractères et des sentiments communs qui seront fixés par l’hérédité. On devient un peuple fixe.

Il faut ajouter à cela la nécessité d’un idéal car l’homme est toujours en quête de sens et recherche la transcendance (culte de Rome, Allah pour les musulmans, etc.). La civilisation, bâtie sur les fondations solides de la race, acquiert ainsi de la force par la création d’institutions et d’arts teintés par cet idéal puissant.

Une fois à son apogée, l’inévitable arrive: un affaiblissement progressif de l’idéal entrainant une désintégration de la cohésion sociale et de la force. La civilisation commence à vieillir. L’égoïsme de la race fait place à l’égoïsme individuel. Ce n’est plus l’idéal mais les institutions et les traditions encore persistantes qui maintiennent une cohésion artificielle.

Désintéressés les uns des autres, ils demandent à être dirigés par une structure étatique qui absorbe la vitalité du peuple en agrandissant incéssamment son influence. L’âme de la race s’éteint et le peuple redevient ce qu’il était autrefois: une foule abrutie.

Au premier orage, c’est-à-dire à la première invasion, cette civilisation qui maintient une façade bancale (gloire du passé) et a perdu sa cohésion s’effondrera.

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